Le ministre américain des Transports, Sean Duffy, a annoncé le 6 octobre 2026 que la FAA, l’agence fédérale de l’aviation, propose cinq nouvelles règles pour simplifier les licences de lancement et de retour sur Terre des engins spatiaux commerciaux. Les textes, publiés la veille au Federal Register, le journal officiel fédéral, sont ouverts aux commentaires du public jusqu’au 4 novembre 2026. L’agence Reuters a relayé l’annonce le jour même. Aucune entreprise n’est citée, mais SpaceX est de loin la plus concernée : elle a réalisé 161 des 195 lancements autorisés par la FAA au cours de l’exercice 2025, soit 83 %, selon les prévisions officielles publiées par l’agence en avril.
Ce que changeraient les cinq textes
Le premier permettrait de déposer les demandes de licence par voie électronique, via le nouveau portail LEAP de la FAA, sans devoir demander une dérogation, et supprimerait l’envoi sur papier. Le deuxième allège le dossier de sécurité : pour chacune des analyses qui composent l’étude des risques en vol, l’exploitant doit aujourd’hui fournir six éléments ; trois d’entre eux ne seraient plus fournis qu’une seule fois pour l’ensemble de la méthode.
Le troisième prévoit une exception aux règles sur la foudre : pendant la descente, l’exploitant n’aurait plus à appliquer l’une des mesures de protection prévues si la trajectoire du véhicule est dégagée du public et des installations critiques. Le quatrième dispense de tracer des zones de danger selon la méthode habituelle lorsque le danger est physiquement confiné. Le cinquième clarifie l’analyse des effets de souffle d’une explosion. Selon le ministère, ces règles rendraient la procédure « plus efficace, moins contraignante et plus flexible » tout en maintenant les normes de sécurité de la FAA.
Les textes appliquent le décret présidentiel 14335, intitulé « Enabling Competition in the Commercial Space Industry » (favoriser la concurrence dans l’industrie spatiale commerciale), et ont été préparés avec la SPACE Task Force, un groupe de travail créé récemment par le ministère. Washington affiche l’objectif de porter la cadence des lancements commerciaux à 1 000 par an d’ici 2030, rappelle le communiqué.
Pourquoi SpaceX regarde de près
Chaque évolution du programme Starship passe par la FAA. La fusée géante vole sous la licence VOL 23-129, et un nouveau profil de mission exige une modification de cette licence. Le 4 septembre 2026, l’agence a ainsi publié son évaluation environnementale finale pour autoriser des zones d’amerrissage de secours supplémentaires dans le Pacifique et une nouvelle trajectoire de retour vers Starbase, au Texas, site aujourd’hui limité à 25 lancements de Starship par an. Le jour même de cette annonce, nous rapportions aussi que la FAA avait supprimé le plafond d’avions autorisés près des zones de débris.
Le contexte pèse aussi : la FAA a autorisé 187 lancements pendant l’exercice 2026, clos le 30 septembre, moins que l’année précédente. C’est le premier recul depuis l’exercice 2019, et le total des opérations, retours sur Terre compris (194), reste sous la fourchette de 209 à 214 que l’agence avait prévue, selon les données relayées par SatNews.
Ce qui reste à voir
Rien ne change pour l’instant : les règles actuelles restent en vigueur tant que la FAA n’a pas publié les versions définitives, après examen des commentaires. L’annonce du ministère ne chiffre pas le temps que les exploitants gagneraient, et les textes simplifient surtout la constitution des dossiers, sans toucher aux plafonds de lancements fixés site par site par les évaluations environnementales.
Haussier
Pour SpaceX, qui vise des centaines de lancements par an et une montée en cadence de Starship, chaque semaine gagnée sur un dossier compte. Un dépôt entièrement numérique, des analyses de sécurité regroupées et moins de calculs redondants réduisent le travail à chaque modification de licence, justement ce que réclame un programme qui change souvent de trajectoire et de profil de vol. L’administration affiche un objectif de 1 000 lancements commerciaux par an d’ici 2030 : un cadre réglementaire qui suit le rythme de l’industrie est un atout direct pour le premier lanceur du pays, et pour son action cotée.
Baissier
Ce ne sont que des propositions. La procédure peut prendre des mois, les textes peuvent changer après les commentaires, et rien n’est garanti avant les règles définitives. Les gains portent surtout sur la paperasse : les plafonds de lancements par site, les évaluations environnementales et les enquêtes après incident restent intacts, et ce sont eux qui freinent le plus Starship. Assouplir la sécurité au moment où l’activité recule et où la FAA vient de lever un plafond lié aux débris risque aussi d’attirer critiques et recours, notamment de la part des compagnies aériennes ou des riverains.
Notre estimation : environ 40 % de chances que la FAA publie la version définitive d’au moins une de ces cinq règles d’ici le 30 juin 2027 (scénario haussier), environ 60 % que non (scénario baissier). Indicatif, pas un conseil financier.
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