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L’Ukraine affirme que SpaceX a bridé sans prévenir ses terminaux Starlink militaires, faisant échouer des missions de drones

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StarShield Ukraine, 31 déc. 2026

Notre estimation : environ 45 % de chances que l'Ukraine annonce officiellement que ses terminaux StarShield militaires fonctionnent de nouveau au-delà de 160 km/h (scénario haussier), environ 55 % que non.

Un soldat ukrainien en tenue de camouflage, accroupi dans l'herbe sèche, fixe une antenne Starlink blanche sur son support
Un soldat des forces de soutien ukrainiennes installe un terminal Starlink, juillet 2022.Photo : Support Forces of Ukraine Command, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons

L’Ukraine accuse SpaceX d’avoir bridé, sans aucun préavis, une partie des terminaux Starlink qu’utilise son armée. Selon Serhiy Beskrestnov, dit « Flash », conseiller du président Volodymyr Zelensky pour les technologies de défense, SpaceX a introduit dans la nuit du mardi 13 au mercredi 14 octobre 2026 une limite de vitesse pour les terminaux en mouvement : au-delà de 100 miles par heure (environ 160 km/h), ils perdent la connexion. « Nos forces de défense n’ont reçu aucun avertissement concernant cette restriction, ce qui a entraîné l’échec de plusieurs missions », a-t-il écrit sur Telegram, selon Reuters et Interfax-Ukraine.

Starlink est le réseau d’internet par satellite de SpaceX : des milliers de satellites en orbite basse, auxquels on se connecte avec une petite antenne plate, le terminal. StarShield est sa déclinaison pour les armées et les agences de sécurité nationale. D’après Beskrestnov, la restriction touche précisément le « forfait militaire » de StarShield. En Ukraine, ces terminaux servent notamment à guider des drones d’attaque vers des cibles situées derrière la ligne de front, dans les territoires occupés par la Russie, parce que leur liaison résiste bien au brouillage.

Des drones plus difficiles à piloter

Le 7e corps de réaction rapide ukrainien, déployé dans le sud-est, indique à Reuters avoir dû annuler certaines missions. « Selon nos observations, pendant les vols, la connexion pouvait tomber pendant 10 à 20 secondes à des vitesses de seulement 110 à 120 km/h. Les drones continuaient d’avancer, mais ces interruptions les rendaient plus difficiles à contrôler », explique l’unité. Une source au ministère ukrainien de la Défense confirme au Kyiv Independent que des limitations de vitesse ont été constatées et que leur cause est en cours d’analyse.

Le premier à avoir signalé la panne, le militant Serhii Sternenko, proche de l’armée, a ensuite affirmé que le seuil de coupure était descendu encore plus bas. Les terminaux Starlink ordinaires continuent de fonctionner, et rien n’indique que les terminaux fixes aient été coupés, souligne The Guardian : les communications de base des soldats sur le front ne seraient donc pas touchées.

SpaceX se tait, Varsovie interpelle Musk

SpaceX n’a confirmé aucun changement dans le fonctionnement de Starlink et n’avait pas répondu aux demandes de Reuters mercredi matin, heure européenne. Pour Beskrestnov, la mesure « ne peut pas être une coïncidence » et elle est « liée à la situation politique actuelle », mais il n’a apporté aucune preuve d’un lien avec Washington, note le Kyiv Independent. Le contexte est tendu : l’administration Trump presse Kyiv de cesser ses frappes contre les raffineries de pétrole russes, et le président américain a réclamé un cessez-le-feu immédiat sur les infrastructures énergétiques, rapporte le Wall Street Journal. Reuters rappelle toutefois que Starlink ne fonctionne pas en Russie et que les drones qui visent l’industrie pétrolière russe utilisent d’autres moyens de communication.

Le ministre polonais des Affaires étrangères, Radosław Sikorski, a directement interpellé Elon Musk sur X mercredi vers 9 h 40, heure de Bruxelles : « Hé, Elon Musk, grand homme, est-ce que tu fais encore de la politique avec tes produits ? En tant que clients européens, nous te surveillons. » La Pologne affirme payer l’abonnement Starlink de l’Ukraine, rappelle Reuters. Le « grand homme » renvoie à leur dispute publique de mars 2025, quand Musk avait lancé à Sikorski « Tais-toi, petit homme », avant d’assurer que Starlink ne couperait jamais ses terminaux en Ukraine et ne servirait jamais de « monnaie d’échange ».

Ce n’est pas la première limite de vitesse imposée par SpaceX en Ukraine. Début février 2026, à la demande du ministère ukrainien de la Défense, l’entreprise avait coupé tout terminal se déplaçant à plus de 90 km/h environ et mis en place une liste blanche de terminaux autorisés, pour empêcher les drones russes équipés de terminaux Starlink introduits en contrebande de frapper des villes ukrainiennes, selon Al Jazeera et Ars Technica. Cette fois, ce sont les terminaux militaires ukrainiens eux-mêmes qui sont visés, selon Kyiv.

Haussier

Pour SpaceX, l’épisode montre surtout qu’elle peut régler son réseau terminal par terminal, en quelques heures, sur tout un pays. Cette capacité de contrôle fin, déjà utilisée en février pour priver les drones russes de Starlink, est précisément ce qu’attendent les armées clientes de StarShield, à commencer par le Pentagone. Si la limite relève d’un réglage technique ou d’un arrangement avec Washington, elle peut être levée aussi vite qu’elle a été posée. Et à court terme, aucun concurrent ne propose à l’Ukraine ni à l’Europe une couverture comparable, ce qui limite le risque de perdre ces clients.

Baissier

Brider sans prévenir un service payé par un allié, en pleine guerre, est un risque d’image majeur pour SpaceX, et la Pologne vient de rappeler publiquement qu’elle est cliente. Chaque épisode de ce type renforce en Europe les arguments en faveur d’un réseau souverain, comme le programme européen IRIS², et peut peser sur les futurs contrats gouvernementaux de Starlink et de StarShield. L’absence d’explication de SpaceX nourrit le soupçon d’une décision politique et fragilise la promesse faite par Musk en 2025 de ne jamais utiliser Starlink comme monnaie d’échange.

Notre estimation : environ 45 % de chances que l’Ukraine annonce officiellement que ses terminaux StarShield militaires fonctionnent de nouveau au-delà de 160 km/h d’ici le 31 décembre 2026 (scénario haussier), environ 55 % que non (scénario baissier). Indicatif, pas un conseil financier.

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