En Corée du Sud, le FSD de Tesla, son logiciel d’aide à la conduite le plus avancé, équipe déjà des milliers de voitures sans que l’État ait jamais testé le système lui-même. C’est ce que montrent des chiffres du ministère coréen des Transports obtenus par le député Kim Jung-jae, du Parti du pouvoir au peuple (droite, dans l’opposition), et publiés mardi 6 octobre par le quotidien Segye Ilbo. Ils tombent deux jours avant l’audition du patron de Tesla Korea devant les députés, jeudi 8 octobre.
Près de 6 000 voitures, deux accidents à très basse vitesse
Selon ces données, 5 898 véhicules utilisaient effectivement le FSD en septembre, dix mois après son arrivée dans le pays en novembre 2025. Ce sont uniquement des modèles fabriqués aux États-Unis et dotés de l’ordinateur de bord le plus récent de Tesla, appelé HW4 : 3 754 Model X, 1 497 Model S et 647 Cybertruck. S’y ajoutent 16 198 voitures qui ont roulé entre juillet et septembre avec le FSD Lite, une version adaptée à l’ancien ordinateur HW3, proposée depuis le 10 juillet aux Model 3 et Model Y produits aux États-Unis dont les propriétaires avaient déjà acheté l’option ou souscrit l’abonnement.
Le ministère recense deux accidents survenus FSD activé qui ont conduit la voiture dans un atelier Tesla. Dans le premier, à 3,9 km/h, la voiture a heurté un mur par le côté, avec une porte arrière et le hayon abîmés et 6,97 millions de wons de réparations. Dans le second, le conducteur a appuyé sur l’accélérateur alors que le système était actif et la voiture a percuté un obstacle à 2 km/h : il a fallu changer la plaque d’immatriculation, pour 30 000 wons. Rien, dans ces seules données, ne permet d’attribuer ces chocs à un défaut du logiciel, souligne le site Pointdaily.
Aucun test, au nom du libre-échange avec Washington
Le ministère n’a mené aucun essai de sécurité du FSD sur les routes coréennes. Il explique que ces voitures sont importées des États-Unis dans le cadre de l’accord de libre-échange entre les deux pays, sur la foi d’une certification du constructeur attestant qu’elles respectent les normes de sécurité américaines. Il promet une surveillance, puis une enquête et un rappel si un défaut de fabrication apparaît. « Les véhicules équipés du FSD roulent déjà sur nos routes et des accidents ont été constatés, mais l’État n’a mené aucun test », relève Kim Jung-jae, qui demande au ministère d’étudier sans délai un dispositif minimal de vérification adapté aux routes coréennes.
L’Autorité coréenne de sécurité des transports a fait la même réponse à un autre élu, le démocrate Jang Jong-tae (majorité) : elle n’a « aucun résultat » d’essai sur ces voitures et dit mener une étude préparatoire sur des méthodes pour contrôler les modifications logicielles des véhicules en circulation, rapporte le site spécialisé Bloter. D’après les données que Tesla Korea a remises à ce député, 30 303 voitures apparaissent dans les statistiques de conduite sous FSD dans le pays (23 196 équipées du HW3 et 7 107 du HW4), pour un total d’environ 91,8 millions de kilomètres. Les deux décomptes ne reposent pas sur la même méthode et ne sont pas directement comparables. Tesla Korea y présente le FSD comme « une technologie de sécurité » capable de réduire les accidents et se dit prête à fournir des voitures si l’État veut le tester.
Une audition jeudi, et la question des Model Y chinois
Jeudi 8 octobre, Seo Yeong-deuk, le patron de Tesla Korea, sera entendu comme témoin par la commission des Transports de l’Assemblée nationale, lors de l’inspection annuelle que le Parlement consacre à l’action du gouvernement, au sujet de la sécurité des aides à la conduite de Tesla. La commission l’a convoqué le 30 septembre, en même temps que le dirigeant de BYD Korea, selon l’agence Yonhap. Un responsable d’une association de consommateurs, critique envers le FSD, sera également entendu.
L’enjeu dépasse les voitures américaines. Tesla est la première marque importée du pays, avec 12 372 immatriculations en septembre et 89 148 depuis janvier, selon l’association des importateurs (KAIDA). Mais son best-seller, le Model Y, est majoritairement fabriqué en Chine et reste privé de FSD. L’audition ne décidera rien en elle-même, mais elle donnera une première indication sur la façon dont le gouvernement compte encadrer une éventuelle extension du système à ces voitures, estime Bloter. En Europe aussi, l’avenir du FSD se joue chez les régulateurs, comme l’a montré le récent soutien de l’Allemagne sous conditions.
Haussier
Ces chiffres montrent que le FSD a trouvé son public en Corée : des milliers de propriétaires s’en servent au quotidien et Tesla Korea revendique plus de 90 millions de kilomètres parcourus dans le pays. Les deux accidents recensés se sont produits sous 4 km/h, sans blessé connu. En se disant prête à prêter des voitures pour des essais, Tesla peut faire de l’audition une occasion de rassurer. À terme, un cadre de vérification clair pourrait même ouvrir la voie aux Model Y fabriqués en Chine, qui portent ses ventes sur l’un de ses marchés les plus dynamiques.
Baissier
La pression vient des deux camps : un député de droite et un député de gauche pointent l’absence de tout essai public. Si Séoul crée un contrôle propre au FSD, son déploiement pourrait ralentir, voire être suspendu en cas de défaut. Les arguments de sécurité mis en avant viennent de Tesla, pas d’un organisme indépendant, et l’agence américaine de sécurité routière enquête sur des erreurs du système, dont un accident mortel, selon les documents cités par le député Kim. Enfin, les Model Y venus de Chine, l’essentiel des ventes, restent privés de FSD sans aucun calendrier.
Notre estimation : environ 25 % de chances que Tesla ouvre le FSD (Supervised) aux Model Y fabriqués en Chine et vendus en Corée du Sud d’ici le 30 juin 2027 (scénario haussier), environ 75 % que non (scénario baissier). Indicatif, pas un conseil financier.
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