Le secrétaire d’État américain Marco Rubio assure que le ralentissement de Starlink en Ukraine est corrigé. Kyiv répond qu’il ne peut pas le confirmer. Starlink est l’internet par satellite de SpaceX, la société spatiale d’Elon Musk, et Starshield en est la version militaire, réservée aux gouvernements et appuyée sur la même constellation de satellites. Depuis le milieu de la semaine dernière, selon les autorités ukrainiennes, les terminaux de l’armée ukrainienne perdent la connexion au-delà d’environ 160 km/h, ce qui handicape les drones qui en dépendent. La chaîne de décision reste disputée, comme nous l’avons raconté samedi.
« C’est un peu arrivé comme ça »
Samedi 17 octobre au soir, interrogé par des journalistes sur la base militaire Joint Base Andrews, près de Washington, Marco Rubio a nié toute décision américaine. « Personne aux États-Unis n’a ordonné de ralentir la vitesse de Starlink. C’est un peu arrivé comme ça, mais d’après ce que je comprends, c’est rétabli. C’est revenu à ce que c’était avant », a-t-il déclaré, selon la transcription publiée par le département d’État. « Personne à la Maison Blanche n’a ordonné à qui que ce soit de ralentir internet pour que certains drones ne puissent pas l’utiliser », a-t-il ajouté, en qualifiant de « catégoriquement faux » un article qu’il n’a pas nommé. L’agence Reuters avait rapporté le 15 octobre, en citant des responsables américains et occidentaux, que l’ordre de brider le service venait de la Maison Blanche.
Le chef de la diplomatie américaine a aussi répondu au président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui parle d’une mesure délibérée : « Je ne suis pas sûr que Zelensky sache de quoi il parle, mais ce n’était pas délibéré. »
Starshield « pas disponible » pour l’Ukraine, selon Washington
Marco Rubio a insisté sur la différence entre les deux services. Starlink est « un produit commercial », réglementé comme tel, tandis que Starshield est « un produit de défense, un produit militaire » utilisé par l’armée américaine. Selon lui, l’Ukraine se servait de Starlink pour ses drones et n’a pas accès à Starshield. « Ils ont demandé à y avoir accès pour mener des frappes en profondeur en Russie. Ils n’y ont pas accès pour le moment », a-t-il dit, en précisant que la question est « en discussion ». Cette version contredit celle de responsables ukrainiens et de plusieurs médias, dont Reuters et l’agence AP, qui décrivent des drones ukrainiens équipés de terminaux Starshield.
Kyiv ne constate pas de retour à la normale
Plus tard samedi, le chargé d’affaires ukrainien à Washington, Denys Sienik, a indiqué à CBS News que l’Ukraine n’avait toujours reçu aucune réponse du Pentagone ni de SpaceX à ses questions, « y compris la confirmation que les vitesses illimitées ont été rétablies ». « D’après les données dont nous disposons, nous ne pouvons pas confirmer que ces capacités ont été entièrement rétablies », a-t-il ajouté. Le même jour, Volodymyr Zelensky affirmait que la connexion se coupait toujours au-delà de 161 km/h en Ukraine, alors qu’elle tenait à plus de 180 km/h lors d’essais menés dans l’Union européenne.
Serhii Beskrestnov, conseiller du président ukrainien, a expliqué à l’agence AP que Kyiv négociait avec le Pentagone, SpaceX et le gouvernement américain. Deux options sont sur la table, selon lui : obtenir la levée de la limite dans le cadre de l’abonnement actuel, ou passer à une formule Starshield dédiée à l’aviation, sans limite de vitesse mais nettement plus chère. « Nous comprenons maintenant que ce n’est pas seulement une question technique ou commerciale, mais aussi une question politique », a-t-il déclaré. Ni SpaceX ni Elon Musk n’avaient commenté les propos de Marco Rubio ce lundi 19 octobre à 6 h (heure de Bruxelles), selon nos vérifications sur X.
Haussier
Si les propos de Marco Rubio se vérifient, l’incident serait clos côté Starlink, et SpaceX garderait son argument principal : le service commercial fonctionne normalement et le gouvernement américain écarte toute décision politique. La demande ukrainienne d’accès à Starshield, « en discussion » à Washington, ou le passage à une formule aviation plus chère pourraient aussi se traduire par de nouveaux revenus pour SpaceX. Enfin, la distinction publique faite par le secrétaire d’État entre Starlink et Starshield aide les clients à savoir qui décide de quoi.
Baissier
Kyiv dit ne pas constater le retour à la normale, et Washington et l’Ukraine se contredisent jusque sur l’usage même de Starshield, ce qui entretient le flou sur qui contrôle réellement le service. Un fournisseur dont les performances peuvent changer sans préavis sur un territoire donné, pour des raisons que personne n’assume, nourrit les arguments des pays qui veulent réduire leur dépendance à SpaceX, comme le Canada. Marco Rubio lie en outre l’accès à Starshield à des frappes en Russie, un sujet politique sensible qui peut traîner.
Notre estimation : environ 25 % de chances que le gouvernement américain annonce officiellement un accord donnant à l’Ukraine accès à Starshield d’ici le 31 décembre 2026 (scénario haussier), environ 75 % que non (scénario baissier). Indicatif, pas un conseil financier.
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